Discussion avec Frédérique Félix-Faure et Claude Bélime autour de l’exposition « Il ne neige plus »

dans Chroniques/montage de l'exposition par
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Présentation

Discussion avec Frédérique et Claude autour de l'exposition 'Il ne neige plus'

Nous nous retrouvons tous les 3, Claude, Frédérique et moi-même à l’intérieur de la Galerie Lumière d’Encre afin de discuter autour du travail de Frédérique, de la relation entre le galériste et l’artiste et de la scénographie spéciale et très intéressante de ce travail sur les murs de la galerie.

Frédérique a travaillé plusieurs années sur le thème de l’enfance, grâce à ses enfants. Elle nous montre l’entre-deux si spécial par son innocence et par les blessures que nous avons certainement tous vécu. C’est un travail magnifique que la scénographie met très fortement en valeur.

Claude Bélime

La relation entre Claude et Frédérique a débuté en 2013 lors d’une première sélection dans le cadre du Prix Phot’oeil à Cerbère. Depuis son travail a été exposé à plusieurs reprises, dans le cadre de Manifesto par exemple. Qui plus est nous aborderons la difficulté de montrer son travail sur différents supports comme la projection, l’édition et bien sûr l’exposition.

Présentation « Il ne neige plus » dans le numéro #15 de la revue Regards consacré au Récit.

Comme vous l’aurez compris, tant Claude que moi-même aimons beaucoup le travail de Frédérique et la manière dont elle a décidé de le présenter au sein de la galerie. J’espère que cette discussion vous intéressera tout autant que cela a été le cas pour nous.

Démarche artistique

Il faut regarder,

regarder intensément

et rêveusement le visible,

pour voir vraiment, pour tout

à la fois déployer et affûter sa

vue et l’éblouir alors de visions,

non pas de fantasmagories,

d’hallucinations, mais d’images

bien concrètes saturées

de matière, de couleurs,

de présence, et par là même

infusées d’invisible, poreuses

et résonnantes; ainsi le

familier se révèle-t-il soudain

puissamment insolite.

” 

Sylvie Germain

Cette série est extraite d’un travail commencé il y a un sept ans mais quelques images plus anciennes y ont trouvé leur place naturellement. A l’origine, deux photographies, une de ma fille et une de mon fils, prises dans des moments banals du quotidien, de la famille, mais qui m’ont donné à voir quelque chose qui m’a profondément bouleversée. Elles fouillaient mon rapport à eux mais aussi des sentiments plus anciens, évocations de ma propre enfance. Elles ouvraient des territoires, loin de l’enfance convenue, qu’il m’a semblé impossible de ne pas explorer.

Depuis j’attends, je guette, je provoque sans mise en scène ces moments de révélation, de poésie, ces moments où pendant une infime seconde ils ne sont plus mes enfants mais des personnes à part entière, libres, que j’observe étonnée, émue, troublée, inquiète, fascinée. Je cherche cette réalité dont nous connaissons l’existence mais dont nous ne voulons rien savoir, la force qui sommeille en eux, en nous, les fêlures, l’agressivité, la sexualité, les élans, en tenant à distance l’obscénité et le sentimentalisme.

This series of images is taken from a body of work that I started 7 years ago, in which some even older images did eventually find their place in a quite natural way.
The whole work originates from two photographs, one from my daughter and the other from my son, that were taken in ordinary moments of the daily life with my family. What they allowed me to see profoundly overwhelmed me. They have open up territories, away from the conventional vision of childhood, that I have felt unable not to explore. Since then, I haven’t ceased watching out for, or even prompting (though without staging them) these moments of revelations, these sparkles of poetry, these ashes during which they no longer are my children but well human beings in their own right and freedom, whom I gaze at in the most amazed, disconcerted, worried and fascinated manner.

Other people too did recognize something intimate and buried in these pictures. I have searched for that reality, the existence of which we comprehend, yet of which we would rather steer clear – the strength that is hidden inside them, inside us, the cracks, aggressiveness, sexuality, surges…, staying away from obscenity and sentimentalism.

 

We must look at the visible, intensively and dreamily, so as to unfold and sharpen our vision and actually manage to see something. Only then will we be dazzled with apparitions – neither phantasmagorical ones nor hallucinations, but very concrete images, saturated with matter, colors, presence, and thereby instilled with the invisible, porous and resonant. So does the familiar reveal itself as powerfully unusual.

” 

Sylvie Germain

Il ne neige plus

C’est un travail d’une grande poésie, sans complaisance, et qui représente peut-être pour moi l’album de famille idéal.

” 

Christian Caujolle (Festival ImageSingulières, mai 2015)

Vous savez. Cela ne se voit pas tout le temps, mais vous savez.

C’est juste à côté du sourire, de l’insouciance, du sommeil, du jeu, un trentième de seconde avant, un quinzième après, quelque chose a lieu, une fulgurance sombre, une violente sensualité, une intranquillité, une possession, une balafre… Un éclair puis retour à la fiction de l’enfance lisse.

Vous avez été ces distorsions maintenant immobilisées. Vous ne les serez plus. Instants saisis, morts aussitôt pris.

Cela de vous disparaît.

D’entre ces failles monte une évidence : dans l’épaisseur de vos corps, vous savez.  Vous savez qu’entre vous et nous, il y a du temps barbelé.

Vous savez que vous devrez le franchir, ou plus exactement l’avoir franchi. Vous ne savez pas comment, par quelle effraction, quel démembrement, quelles secousses.  Vous ne savez pas dans quel étirement de l’espace et du temps cela s’accomplira, mais vous savez qu’une fois du même côté que nous, quelque chose sera mort.

Vous aurez en partie complètement disparu.

You know it. It is not all the time noticeable, but you know it. It’s just next to your smile, to your innocence, your sleep, your games, one thirtieth of a second earlier, one fifteenth later… Some cracks occur : a dark bedazzlement, a violent sensuality, a disquiet, a possession, a scar… A lightning flash… then back to the fiction of smooth childhood.  You once were these distortions, you no longer will be. They are now frozen. The moment they were captured, they vanished. That bit of you disappeared.

An obviousness emerges from these cracks : in the very depth of your body, you know it. You know that between you and us, there is barbed-wire time. You know that you will have to live through it, or, more precisely, that you will eventually need to have lived through it. You don’t know how you will, by what violation, what dismemberment, what jolts. You don’t know in which space and time stretching that is going to happen, but you know that once you will have reached the side we’re on, something will be dead. You will have, partially, completely disappeared.

It is a work of great poetry, uncompromising, and perhaps represents for me the perfect family album

” 

Christian Caujolle (Festival ImageSingulières, mai 2015)

Frédérique Félix-Faure

Frédérique Félix-Faure

Frédérique Félix-Faure est née à Grenoble en 1975 et vit à Toulouse.
Diplômée en 1999 de l’Ecole Supérieure des Arts etTechniques à Paris, elle s’installe ensuite à Toulouse en temps qu’architecte d’intérieur et photographe.

Depuis 2008 elle se consacre entièrement à la photographie, cheminant entre un travail de photographie pour les architectes, précis et descriptif mais toujours dans une recherche d’émotion et de poésie, et un travail d’auteur intuitif et intimiste, loin de la rigueur architectural.

I was born in Grenoble, France, in 1975. I’ve been living in Toulouse for 14 years. After I graduated in interior design and scenography from the École Supérieure des Arts et Techniques in Paris in 1999, I worked in Toulouse as an interior design and photographer.
Since 2008 I’ve been working as an architecture photographer. I am also designing books and brochures for architects, bringing a sensitive and clarifying perspective on their own work. At the same time I am creating a personal, intuitive and intimist photographic work, away from the strictness of architecture.

L’exposition « Il ne neige plus » est visible à la Galerie Lumière d’Encre jusqu’au 15 juillet.

Retrouvez le travail de Frédérique sur son site Web

Retrouvez la galerie Lumière d’Encre sur le site web

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