Informations pratiques

L’exposition est visible du 11 novembre 2017 au 20 janvier 2018

Le vernissage a lieu le 11 novembre 2017 à partir de 17h

Horaires : du mardi au samedi, de 14h à 19h et sur rendez-vous

Galerie Patrick Gutknecht : 78 rue de Turenne 75003 Paris

T + 33 (0)1 43 70 56 18

www.gutknecht-gallery.com

pg@gutknecht-gallery.com

L’exposition

Hier je ne te connaissais pas Tu jouais aux voitures
Je chassais les pyrales Sous l’œil de nos mères

Ces plaisirs suffisaient

Aujourd’hui tu me donnes
Ton passé en héritage
Mais si petit, était-ce déjà toi ? Celui que j’aime, était-il déjà là ?

J’invente dans ta poche un miroir Pour savoir
Quand commence le trop tard
Où commence le regard

Puis une phrase
Résonne tout le soir
Nous sommes peut-être passés à côté d’une belle histoire…

Arthur Dreyfus

Né en 1986, Arthur Dreyfus est écrivain, journaliste et réalisateur.
Ses livres ont été traduits en anglais, en italien, en allemand ou en coréen. Lauréat du prix Orange pour Belle Famille et de la bourse Mottart de l’Académie française pour Histoire de ma sexualité, il a publié en janvier 2017 son quatrième roman aux éditions Gallimard : Sans Véronique _ et en octobre de la même année, un récit de voyage sur la Corée du Sud : Je ne sais rien de la Corée.
L’auteur intervient régulièrement dans la presse (Le Monde, Libération, L’Obs) sur la question des mœurs, de la parole publique ou de la sexualité. Chez Grasset, il livrait en 2016 un essai sur l’écriture de l’intime, Correspondance indiscrète, en duo avec Dominique Fernandez.

Traitant de cinéma, de peinture, de musique et d’art contemporain pour les magazines Vogue ou Holiday, il a présenté pendant plusieurs années des émissions sur France Inter et France Culture. Côté caméra, il est le réalisateur de «Contes d’acteurs», une série de documentaires expérimentaux diffusée sur Ciné+, avec Arielle Dombasle, Jean-Christophe Bouvet ou Françoise Fabian.

Nourri par les œuvres de Nan Goldin, de Bernard Faucon, ou de Hervé Guibert, la photographie occupe depuis toujours une place prépondérante dans son parcours créatif.
«Nous sommes peut-être passés à côté d’une belle histoire…» est sa première exposition personnelle. Toutes les photographies qui y figurent ont été réalisées sur iPhone.

Entretien avec Arthur Dreyfus

Propos libres de droit recueillis par William Miglore

On vous connaît d’abord comme écrivain…

C’est vrai, mais j’ai toujours écrit avec des images dans la tête. Quand on me demande « quels auteurs » m’ont inspiré, je réponds que certaines œuvres musicales ou visuelles m’ont davantage inspiré que des livres. Si je ferme les yeux, je pense autant à un chapitre du Grand Cahier d’Agota Kristof qu’à un poème de Maurice Scève, autant à Arcangelo Corelli qu’à une photo de Bernard Faucon ou de Nan Goldin.

Comment est né votre travail photographique ?

L’idée de la trace m’obsède depuis longtemps. Enfant, avec des caméscopes, des Kodak jetables, j’ai beaucoup photographié et filmé mes parents, mes grands-parents. Le cadre m’est apparu comme une chose naturelle : tracer quatre bords dans la réalité revenait à s’inventer une liberté. À vingt ans, un ami m’a offert un vieil argentique, que j’ai emporté partout. J’ai entrepris de cerner mes obsessions – tout en les limitant, à cause de la pellicule. Ensuite, comme chez nombre d’individus de ma génération, l’apparition des smartphones a changé mon rapport à l’image. Il devenait possible, à chaque seconde, de saisir quelque chose.

C’est ce que vous avez fait ?

Oui et non. Cette omnipotence m’a laissé songeur : ne signait-elle pas la fin de la photographie en tant que telle ? Qu’allait-il advenir des images élues, dans un monde d’images infinies ? Dès le départ, je me suis fixé comme règle de ne pas poster sur Internet les photographies qui comptaient. Née sur un écran, diffusée sur un écran, l’image se dévalorise. Toutefois la photo numérique a eu une autre conséquence : le déploiement de l’intime. Un téléphone est un objet tellement banal, tellement usuel, qu’il passe inaperçu – surtout chez des jeunes. Un matin, j’ai commencé à photographier les corps sous les draps, les visages de très près, les minuscules détails de l’amour ; toujours avec une pointe de mise en scène…

Et c’est cela que vous exposez ?

Non – du moins pas seulement. Il ne suffit pas à une photo d’être « jolie » pour pouvoir justifier une exposition, ni pour faire de son auteur un photographe. Justement peut-être parce que ce medium est devenu si facile qu’il est accessible à tous. Pendant des années, je ne me sentais pas prêt. J’ai attendu qu’une idée s’impose. Un dispositif, une chose qui m’appartienne ; et qui alors, serait capable de conduire l’ensemble, d’ouvrir le rideau du spectacle.

Vous avez longuement cherché cette « idée » ?

Je n’ai pas cherché ni théorisé quoi que ce soit. J’ai continué mon jeu avec le corps des garçons, jusqu’à m’apercevoir, un jour, que l’idée était née. D’une manière tautologique, il m’avait fallu revenir à mon point de départ : le téléphone portable. Ces appareils qui, désormais, renferment les archives de nos vies – et chez les jeunes, les archives d’une enfance. Les téléphones sont aussi les outils via lesquels nous nous rencontrons, et avec lesquels nous mettons en scène notre physique, nos désirs. Le lien que je poursuivais entre le temps d’avant et le temps présent, entre la douceur première et sa persistance, résidait là. Le reste procède d’une intuition plastique, qui bien sûr ne s’explique pas.

D’accord, mais comment résumer ce concept ?

Eh bien j’ai demandé à des garçons de me montrer, sur leur téléphone, une photo d’eux plus jeunes, qu’ils affectionnaient. C’est un portrait de lui-même que me présente mon modèle, qui accepte donc de jouer avec sa propre image transformée. Une image duale que je photographie à mon tour… avec mon téléphone.

N’est-ce pas délicat de mêler l’enfance à une forme d’érotisme ?

Ça l’est aujourd’hui – ce qui me paraît hypocrite de la part d’une époque qui, pour des motifs commerciaux, érotise à outrance la jeunesse. Mais dans la mesure où chaque modèle décide lui- même de mettre en scène sa propre image, mon projet ne prend personne au dépourvu. En outre, j’ai régulièrement défendu l’idée que le désir existait dès l’enfance : notamment dans mon roman Histoire de ma sexualité. Cela ne signifie pas qu’il faut avoir des relations sexuelles à tout âge, mais j’aime observer le contraste entre la naïveté supposée de l’enfance et l’expression d’une liberté exacerbée au détour de l’adolescence.

Les photographies de cette exposition sont tirées en Cibachrome, une technique rare. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

Le Cibachrome n’est pas seulement rare, il est en voie d’extinction ! Seuls deux ou trois tireurs dans le monde savent encore le réaliser. J’ai choisi cette méthode pour deux raisons : d’abord, il s’agit d’une technique « magique », qui semble faire provenir la lumière de l’intérieur du papier. Fondus dans une base plastique, les pigments se révèlent d’une puissance extrême, comme piégés dans la matière même du tirage. Roland Dufau, dernier maître en la matière, explique : « C’est la couleur vraie. Le seul papier capable de coller à la réalité. » En ce qui me concerne, la brillance presque numérique du Cibachrome me rapprochait par miracle de mon sujet, de tous mes écrans rétroéclairés… En outre il s’agit d’une technique à la xité remarquable. Même exposés à la lumière, les tirages ne s’altèrent pas. À l’époque des formats informatiques qui changent chaque année, l’éternité promise à mes premiers tirages faisait soudain office de symbole.

Mais vos fichiers, eux, sont numériques…

Oui. Je travaille avec une application qui prend des photos en haute définition, mais pas argentiques, évidemment. Avant de tirer mes images, il m’a donc fallu les shooter sur une diapositive. Ce film « positif » en couleurs a ensuite été transmis au tout dernier laboratoire du monde possédant un stock de papier Cibachrome : Cadre en Seine Choi.

D’ici deux ou trois ans, le stock sera écoulé, et cette technique aura définitivement disparu.

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