Pathos, 2005 © Roger Ballen / Courtesy Galerie Karsten Greve

Informations pratiques

Le vernissage a lieu le 1er juillet 2017 de 18h30 à 20h

L’exposition est visible du 1er juillet au 26 aout 2017

Horaires : Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 15h à 19h

FLAIR Galerie : 11 Rue de la Calade, 13200 Arles

http://www.flairgalerie.com

L’exposition

FLAIR Galerie présente du 1er juillet au 26 août 2017, une sélection d’une quinzaine de photographies de Roger Ballen, datées de 2000 à 2008. A partir de « ses déclarations visuelles » aux accents mystérieux, issues des séries Shadow Chamber et Boarding House, on peut y percevoir une lueur. Pour contourner la citation de Jean Cocteau : « Le cinéma, c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière », ses indicibles photographies à l’écriture atemporelle, se réinventent sous l’œil et la mise en scène, derrière le rideau, en quelque sorte. Elles fondent l’histoire mouvementée de notre monde, sous la lumière d’un feu, hypothétique. Plongeon dans l’univers intrigant du photographe, l’un des plus influents de ce début du XXIe siècle, qui propose également, une installation/exposition inédite The House of the Ballenesque, dans le cadre des Rencontres de la photographie d’Arles, cet été.

En maître, il nous donne à voir un monde fracassé où des corps et des morceaux de poupée, des lapins, accrochés au mur submergent le regardeur dans un état d’interrogations, d’abord hébété, puis captivé, parfois séduit. Ses photographies sont considérées comme énigmatiques, mystérieuses ou fantaisistes, sans volonté de provoquer de sa part. Elles instaureraient plutôt une sorte de petit caillou qui ferait trébucher, pour mieux rebondir. Un moment d’arrêt impose un état de conscience qui surprend le visiteur. Il semblerait que Roger Ballen cherche à s’adresser ici au regard plus qu’à la simple vision, en l’obligeant à la contemplation de The chamber of enigma, par exemple. En méditation devant les tirages, on bascule dans une dimension métaphorique car le photographe entend explorer la psyché.

Jonché d’animaux de basse-cour, représentés, souvent empaillés, dans leur relation avec l’homme, l’espace de résidence transitoire traduit la confrontation du savoir, face à différents obstacles dont le refoulement et le démenti. Détailler les lieux d’une expérience qui n’est pas secondaire, permet la levée du chaos. Les fenêtres subjectives de l’auteur ne sont pas faites pour satisfaire nos egos. Entouré de ses dessins rupestres, l’ancien géologue impose de ne pas fermer les yeux : c’est le prix à payer d’être l’acteur désinhibé, désireux d’en apprendre davantage. Une fois que nous avons montré patte blanche, l’amateur curieux sera confronté à sa volonté de savoir (acquis qui portent, j’ose espérer, au-delà de la valeur didactique) pour échapper au sentiment de honte : face à nos contradictions, celui d’oublier de protéger chaque être vivant.

Du coup, l’effet en suspend se joue au sein même de la fascination et captation, de l’étrangeté de la photographie où la perte de réalisme – dessin/objet – se glisse dans une sorte de condensation de matériaux hétérogènes, comme des nounours, accessoires, boîtes, fleurs, tableaux noirs griffonnés…

Le photographe met à l’épreuve l’image existante pour instruire une autre perception du monde. La remise en question du regard, dans une société, envahie par les images, opère à travers des dispositifs qui suscitent la pulsion du témoin. La perception des photographies de Roger Ballen incite à transformer le passeur, laissant place, comparable à la caverne, à l’expression de sa pensée, qui peut être suivie de sa volonté d’agir, selon l’intensité de l’étincelle perçue.

Nathalie Gallon, 2017

Biographie

Roger Ballen naît à New York en 1950, mais c’est en Afrique du Sud qu’il vit et travaille, les trente années suivantes. Son activité de géologue le conduit dans les campagnes de son pays et lui permet d’explorer, appareil photo en main, le monde caché des petites villes sud-africaines. Il commence par arpenter les rues vides dans la lumière aveuglante du soleil de midi, mais c’est une fois qu’il décide de frapper aux portes qu’il découvre un monde, à l’intérieur de ces maisons, qui aura une influence profonde sur son œuvre. Ces intérieurs avec leurs collections distinctives d’objets et les occupants de ces univers fermés orientent sa vision unique sur une voie qui le conduit de la critique sociale à la création de métaphores du monde de l’esprit. À partir de 1994, Roger Ballen ne cherche plus la matière de ses sujets à la campagne, la trouvant désormais près de chez lui à Johannesburg.

Au cours des trente-cinq dernières années, le style de sa photographie évolue considérablement, sans se départir d’un simple format carré et d’un noir et blanc austère et magnifique. Dans ses premières œuvres, l’affinité avec la tradition de la photographie documentaire est évidente, mais il développe, dans les années 1990, un style qu’il qualifie de « fiction documentaire ». A partir de l’an 2000, les gens qu’il avait découverts et dont il avait photographié les existences aux marges de la société sud-africaine deviennent une troupe d’acteurs, qui créent, sous la direction de Roger Ballen, des psychodrames puissants dans les séries Outland (2000, révisée en 2015) et Shadow Chamber (2005).

Dans les séries suivantes, Boarding House (2009) et Asylum of the Birds (2014), la frontière entre fantasme et réalité se fait plus poreuse et c’est dans ces séries qu’il fait appel au dessin, à la peinture, aux collages et aux techniques de la sculpture pour créer des décors très élaborés. Dans ces photos, l’absence complète de gens est comblée par des photographies d’individus utilisées désormais comme des accessoires, par des fragments de poupées ou de mannequins, ou bien si des personnes apparaissent, c’est sous forme de mains, de pieds et de bouches pointant, de façon très troublante puisque privés de corps, à travers des cloisons ou des bouts de chiffon. Les scénarios souvent improvisés sont maintenant complétés par le comportement imprévisible des animaux, dont l’attitude ambiguë joue un rôle crucial pour la signification d’ensemble des photos. Durant cette phase, Roger Ballen invente une nouvelle esthétique hybride, toujours solidement enracinée dans la photographie en noir et blanc.

Au fil de sa pratique artistique, Roger Ballen acquiert la conviction qu’il est possible d’intégrer la photographie et le dessin. Il étend son répertoire et déploie son langage visuel. En intégrant le dessin dans ses œuvres photographiques et ses vidéos, l’artiste apporte non seulement une contribution durable dans le domaine de l’art, mais il produit également un commentaire puissant sur la condition humaine et sa puissance créatrice.

Présentation

Cette contribution ne se limite pas à la photographie. Roger Ballen crée un certain nombre de courts-métrages, salués par la critique et présentés dans les musées et les galeries, films qui se raccordent à ses séries photographiques. Le film réalisé en collaboration, I Fink You Freeky, pour le groupe-culte Die Antwoord en 2012, recueille 85 millions de vues sur YouTube. Il prolonge son travail dans les domaines de la sculpture et de l’installation, au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris (2017), au Sydney College of the Arts en Australie (2016) et au Serlachius Museum en Finlande (2015), entre autres.

Son projet le plus récent, The Theatre of Apparitions (Thames & Hudson, 2016), et le film d’animation qui y est lié sont inspirés par la vision de sculptures sur bois faites sur les fenêtres condamnées d’une prison de femmes abandonnée. Pour cette série, Roger Ballen emploie, à titre expérimental, de la peinture en bombe sur du verre, sur lequel il dessine ensuite ou racle la peinture avec un objet contondant pour laisser passer la lumière naturelle. Les résultats font penser à des peintures pariétales préhistoriques : les espaces noirs sur le verre, sans dimensions fixes, sont les toiles sur lesquelles il découpe ses pensées et ses émotions.

En février 2017, le nouveau Zeitz Museum of Contemporary Africa à Cape Town nomme son département photographique le Roger Ballen Foundation Centre for Photography, perpétuant ainsi à l’avenir la place de Roger Ballen dans la photographie en Afrique. Thames & Hudson publiera, en septembre 2017, un important volume de ses œuvres complètes, accompagnées d’un long texte de Roger Ballen, intitulé Ballenesque : A Retrospection.

Traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina

La galerie

Au cœur de la ville d’Arles, FLAIR Galerie consacre son espace singulier aux expositions contemporaines autour de la représentation animale, tout en proposant sur le même thème, une sélection de livres d’art et de revues. Invités par Isabelle Wisniak, la créatrice de la galerie, les artistes ré échissent, expérimentent, ou développent leurs travaux et offrent un revers inhabituel du monde, plus large, plus poétique et plus énigmatique.

Si l’univers animalier est loin d’être un sujet facile, FLAIR Galerie a accueilli depuis son ouverture en avril 2015, des œuvres signées par des pattes sensibles et diverses telles que la photographe Dolorès Marat, le sculpteur Roland Roure ou le peintre et décorateur de théâtre, Lucio Fanti, pour n’en citer que quelques uns.

Dès lors, chiens, chats, girafes, éléphants, femmes crocodiles ou dragons volants se côtoient tour à tour dans le cadre d’expositions où seule l’imagination de l’humain est une frontière.

Rosanna Tardif, 2016

|||::

Be the first to rate and review!
0.00 average
5 Stars
0
4 Stars
0
3 Stars
0
2 Stars
0
1 Star
0

Vous en pensez quoi?