Informations pratiques

Le vernissage a lieu le 13 octobre 2017 de 18h à 21h

L’exposition est visible du 14 octobre au 30 novembre 2017

Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h / Fermé le lundi

Musée Paul Dupuy : 13 Rue de la Pleau, 31000 Toulouse

L’exposition

Edito

La Résidence 1+2 est née d’un constat simple – toulouse existe peu ou prou dans le regard des photographes auteurs de renom, français ou étrangers – et d’une envie : susciter les conditions favorables pour une production « made in toulouse » mais ouverte sur le monde, associant pleinement création artistique et partage des savoirs. Nous considérons la photographie à la fois comme un art majeur et une pratique sociale à part entière. À mi-chemin entre résidence de territoires et masterclass, la Résidence 1+2 a pour ambition de valoriser l’ensemble des patrimoines matériels et immatériels existants à toulouse, sur le département de la Haute-garonne et en région occitanie : diasporas, mémoires, collections, cultures, mobilités, musiques, architectures, … Documenter le territoire toulousain et régional, ses patrimoines matériels et immatériels, oui mais surtout le laisser vivre et s’abandonner dans le regard des autres.

La Résidence 1+2 est un programme photographique ancré à Toulouse et à vocation européenne durant lequel trois photographes confrontent leurs regards d’auteur. Elle associe chaque année trois photographes (un photographe de renom et deux jeunes photographes), trois villes (Toulouse, Barcelone, Bruxelles), trois supports (exposition, ouvrages, film.)

Pour cette deuxième édition, nous avons choisi Israel Ariño (Espagne), Leslie Moquin (France) et Christian Sanna (Italie/Madagascar). Issus de générations et d’horizons différents, leurs expressions photographiques interrogent les thèmes de l’eau, du vent et de l’air… dans une vision d’auteur subjective et assumée. Ces trois regards, associés pour la première fois, sont entrés en résonance pendant deux mois suscitant des productions protéiformes et transversales.

Nous souhaitons montrer à l’international toute la richesse et la diversité de ces patrimoines revisités. Nous affirmons notre caractère transversal avec des passerelles revendiquées vers le design, le cinéma d’auteur, la recherche scientifique, les musiques actuelles,… autant de disciplines présentes dans une programmation riche et diverse au Musée Paul-Dupuy à Toulouse (13 octobre-19 novembre).

Philippe Guionie

Directeur de la Résidence 1+2

Traversé(e)s

Tous les marins le savent et l’éprouvent : ce qui les fait prendre la mer ce n’est pas le désir de relier un point de départ à un point d’arrivée mais l’expérience de la traversée.
Que serait l’Odyssée si Homère n’avait pas confronté Ulysse à l’ouverture par ses compagnons de l’outre des vents offerte par Eole et qui va différer pendant 10 ans son retour vers Ithaque le rendant digne et fort pour affronter son île et ce qui l’y attend. Car tout voyage si l’on veut qu’il soit porteur d’une véritable connaissance et non d’une vague re-connaissance du monde passe par cette désorientation, ce dépaysement de la traversée, du désert… de la mer… des épreuves…

En photographie, ce principe d’immersion s’oppose au paradigme de l’instant décisif cher à Henri Cartier-Bresson qui consistait en une mise à distance du réel sensé apporter une forme de maîtrise de l’espace et du temps, pour le remplacer par cet autre paradigme celui de la route, dont le road movie au cinéma constitue la forme emblématique. Tous les instants, des plus forts aux plus faibles, participent de l’expérience du voyage , de la connaissance de soi, de l’autre et du monde. Dès lors le photographe en résidence est un peu ce « clochard céleste » cher à Jack Kérouac, en quête d’aventures humaines, littéraires et artistiques. Il se confronte à un territoire inconnu qu’il investit sur un mode non pas affirmatif ou assertif mais interrogatif . D’ailleurs à mon avis une résidence réussie ne se résume pas tant dans sa restitution ( finalement toujours très décevante par rapport à une exigence d’exhaustivité) mais quand elle est intrinsèquement porteuse d’hésitations, de tentatives, de tensions vers une vérité jamais atteinte. L’artiste en résidence doit éprouver, comme tout marin après une longue traversée lorsqu’il aperçoit la terre, ce mélange de soulagement mais aussi de regret de frustration, d’inachevé…

Et c’est ce que tous les responsables de résidences photographiques ont bien compris : elles s’opposent à la notion de « commandes » ou de « missions » propres aux années 80. Il ne s’agit pas de définir un territoire à traiter avec un cahier des charges pré-établi, le photographe n’ayant plus qu’à projeter sa grille de lecture sur l’espace défini ou sur le sujet à « couvrir » mais de le livrer à l’inconnu, au doute pour une véritable traversée des miroirs. Le choix d’ailleurs de Philippe Guionie de situer la Résidence 1+2 en plein mois de janvier ne répond pas à une cruauté sadique de sa part, en plongeant les résidents dans les affres du froid, mais à une forme de déstabilisation de départ destinée à casser les stéréotypes de lecture de la ville rose plongée dans les gamme de gris de l’hiver. Mais la spécificité et la modernité de la Résidence 1+2 c’est surtout de repenser le patrimoine culturel dans sa double acception matériel et immatériel. Il ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets mais intègre les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à travers l’histoire à nos descendants. Car bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité face à la mondialisation croissante.

Progressivement aussi les photographes traversent cette distinction propre aux années 90 entre photographie documentaire et photographie plasticienne. Besoin de ne plus enfermer sa pratique dans une fonction d’information (proche du photojournalisme) ou dans une expression plastique (en phase avec l’art contemporain). Des portes s’ouvrent, des passages se créent, des frontières tombent pour permettre, là encore, des jonctions entre quêtes du réel et de l’imaginaire… Entre ces deux approches que Michel Tournier opposaient : photographies de l’a priori (prises sur le vif) et photographies de l’a posteriori (mises en scène).

Quand Philippe Guionie m’a présenté les trois photographes choisis cette année, ils venaient d’arriver et s’installaient dans un appartement commun du côté de Jeanne d’Arc, leur port d’attache. Il y avait là Israel Ariño, venu de Barcelone, un habitué des résidences et dont la pratique photographique constitue un véritable « éloge de la lenteur » par son recours à des procédés alternatifs comme le sténopé ou le collodion humide . Et puis deux jeunes photographes issus de deux grandes écoles de photographie : Leslie Moquin qui, depuis sa sortie de l’ENSP d’Arles, ne cesse de parcourir le monde pour en interroger les pratiques culturelles et Christian Sanna, Grand prix de l’ETPA de Toulouse et dont les premiers sujets nous ont permis un autre regard sur son île de Madagascar. Trois photographes aux approches très différentes mais dont le point commun réside justement dans leur capacité d’adaptation aux circonstances et le désir de se laisser porter par les vents pour nous révéler une vision transversale de notre région et de son histoire.

Dominique Roux

Historien de la photographie, critique et enseignant,
Ancien responsable du centre de documentation de la galerie du Château d’Eau à Toulouse

Israel Ariño – Le partage des eaux

Quai de la Daurade, Toulouse, sŽérie « Le partage des eaux », ©Israel Ari–no/RŽsidence 1+2, 2017

Photographe espagnol originaire de Barcelone, membre de l’agence VU’ et représenté par la galerie du même nom, Israel utilise la chambre photographique et la technique du collodion humide. Enseignant à la photographie à la faculté de Beaux-Arts de Barcelone et à l’école Grisart, il est aussi éditeur depuis 2013 (Ediciones Anómalas). Il réalise de nombreuses résidences d’artistes en France en lien avec des institutions et centres d’art. Jamais exposé à Toulouse, il y intervient en 2017 pour la première fois. « Le partage des eaux » est le titre de la série réalisée à Toulouse sur le thème de l’eau à la chambre photographique et au collodion humide.

israelarino.com

Leslie Moquin – Qui sème le vent

Anémomètre dit « de Duchamp », série « Qui sème le vent », ©Leslie Moquin/Résidence 1+2, 2017.

Diplômée de l’Ecole nationale de la photographie d’Arles en 2013, Leslie Moquin associe dans ses créations artistiques sur le territoire les approches plastique et documentaire dans une soigneuse équivoque. Observatrice avertie des contextes sociaux et géopolitiques de territoires traversées (Chine, Kurdistan irakien, Colombie), elle s’efforce d’en capter la plasticité profonde favorisant ainsi l’émergence d’une esthétique singulière dont elle cherche les manifestations visuelles, les constances autant que les irrégularités. Elle vient d’obtenir une bourse de soutien à la photographie documentaire du Cnap (Centre national des arts plastiques) a n de poursuivre ses travaux sur la jeunesse au Kurdistan irakien. A Toulouse, en mêlant approche plastique et méthodologie scienti que, prises de vue, mises en scène et archives, Leslie Moquin tente de rendre palpable – à défaut de pouvoir le rendre visible – le phénomène du vent d’autan, un vent régional, doucereux et obsédant, patrimoine immatériel par excellence de la région Occitanie.

lesliemoquin.com

Christian Sanna – Carnet de vol

Phare de l’Aéropostale à Baziège, série « Carnet de vol », ©Christian Sanna/Résidence 1+2, 2017

Photographe italo-malgache, lauréat du Grand prix Photographie de l’école l’ETPA, Christian Sanna a exposé récemment deux séries « Fady Kambana » et « Moraingy » au festival Manifesto. Adepte d’une photographie engagée associant portraits et paysage, ce jeune photographe vivant et travaillant à Toulouse réalisera sa première résidence. Christian Sanna réalise un carnet de voyages associant réel et ction sur les traces de l’Aéropostale à partir du premier vol Latécoère du 25 décembre 1918 entre Toulouse et Barcelone.

christiansanna.com

|||::

Be the first to rate and review!
0.00 average
5 Stars
0
4 Stars
0
3 Stars
0
2 Stars
0
1 Star
0

Vous en pensez quoi?