Organiser un événement photo : Les raisons?

dans Préparer une exposition par

Chacun a ses propres raisons, ses propres objectifs en organisant un événement photo.

Le premier article de la série est ici et parle surtout de foi et d’engagement.

Le foi ou l’engagement sont nécessaires pour vous motiver au jour le jour dans l’avancement de votre projet. Comme je le disais dans l’article précédent c’est un moteur dans la réussite de votre événement. Mais pour quelle raison voulez-vous vraiment organiser un événement photo?

Au-delà de l’engagement c’est ce qui va vous motiver au long terme. Prendre votre dose de ce dont vous avez besoin.

Il y a plein de raisons qui peuvent vous motiver. En vrac en voici quelques unes :

L’aspect financier

C’est sans doute le cas le plus rare, car peu de festivals ou d’événements photos permettent de rémunérer qui que ce soit. J’en connais tout de même quelques uns qui ont un budget suffisamment conséquent pour que cela permette de rémunérer l’équipe dirigeante. Soit de la manière la plus simple, à travers une structure juridique comme une société. Soit à travers une association dont évidemment l’équipe vraiment dirigeante est employée (direction artistique, curateur…). Il me semble que la loi s’est assouplie sur le sujet, notamment en permettant à un président d’association de recevoir une rémunération. Rémunération plafonnée à 75% du SMIC me semble-t-il? Ca ne permet pas d’en retirer un salaire complet mais c’est déjà quelque chose qui évite les magouilles.

Il est évident que la réussite de l’événement motivera fortement l’équipe dirigeante.

La notoriété

Alors c’est sans doute le cas le plus souvent rencontré. En tout cas dans les festivals de belle ampleur. Ca n’est peut-être pas un objectif au démarrage de votre événement, mais ça peut le devenir. Etre connu ou reconnu pour être l’organisateur d’un événement qui compte dans le paysage peut être un réel moteur de motivation. Que ça soit ce que vous cherchiez ou pas du tout, cela viendra tout de même. Si votre événement perdure un certain nombre d’années et qu’il fonctionne vraiment, cette notoriété viendra d’elle-même.

Cette notoriété d’ailleurs peut être dans le milieu de la photographie, ou pas. Je connais des fondateurs d’événements qui font partie des notables au niveau local. Et je pense sincèrement que c’est ce qui leur plait vraiment. L’événement étant alors une manière pour eux d’accèder aux différents cercles d’influence de leur commune ou département.

Les groupi(e)s

Je déconne 😉 Enfin j’espère que c’est pas un moteur d’envie pour réaliser un événement photo. Si oui racontez-moi 🙂

Le plaisir

J’ai gardé pour la fin ce qui moi m’a motivé durant plusieurs années. Attention je ne juge pas les deux premières raisons. Chacun fait comme il le sent. Je n’ai aucun souci avec le fait de parler d’argent, ni même de monétiser mon travail (cf mon livre et le Where&When si vous avez un doute). Mais pour l’organisation d’un événement photo, j’ai toujours fais ça par plaisir. Je vais encore parler des Echappées Belles 🙂 En évitant la nostalgie car ça ne me ressemble pas. Initialement et je le dis dans mon livre, monter les Echappées Belles étaient clairement un objectif égoïste. Autant moi que Vincent, voulions exposer à Paris. Ca c’était l’objectif de départ, et dès lors que nous avons fait la première édition, nous aurions pu nous arrêter là. Mais ça ne fut pas le cas.

En fait la phase préparatoire de la première édition a pris un an. Mais dans cette même année, j’avais déjà décidé de réserver d’autres dates. Bien avant que la première édition n’ait lieu, nous savions qu’il y aurait une édition 2, 3 et 4 (les dates étaient réservées). Il m’a fallu arriver à la 3ième ou 4ième édition pour sortir de l’ombre qui m’allait très bien. Alors oui je sais sur ce site, vous avez ma photo sur la page « A propos ». Croyez bien que je l’ai fais car c’est nécessaire de mettre un visage sur l’équipe. Si j’avais pu éviter, je vous promets qu’elle ne serait pas là. Je suis très bien caché dans l’ombre 😉

Alors comment définir un moteur comme le plaisir? C’est je crois dans le temps passé avec les photographes pour régler leurs problèmes et répondre à leurs questionnements. C’est être présent tous les matins à l’ouverture pour les accueillir, et être là tous les soirs pour fermer derrière eux. C’est le repas entre nous le soir du montage afin d’apprendre à nous connaître. C’est les accompagner lors du montage et faire baisser leur stress. Imaginez bien que le stress engendré par 9 artistes, c’est quelque chose 🙂 C’est être là, invisible, pendant le vernissage. Remplir les saladiers de cacahuètes et de punch afin que personne ne manque de quoi que ce soit. C’est les regarder discuter avec leurs visiteurs, s’enflammer autour de leurs oeuvres et de leur démarche. Les voir sourire et profiter de l’instant présent. C’est leur regard complice souriant. Ce sont leurs petites anecdotes, les contacts qu’ils prennent ou les ventes qu’il réalisent qu’ils viennent vous raconter avec joie. Ce sont les grandes discussions autour de la photographie pendant les heures creuses autour d’une bière ou d’un café. C’est le lendemain du vernissage quand tout le monde arrive avec la banane parce que la veille la soirée a été une réussite. Ce sont les grandes embrassades à la fin au moment de se quitter. Ce sont les messages le lendemain et dans les jours, semaines, mois qui suivent. Ce sont les amitiés qui sont nées lors de l’exposition…

Personnel ou collectif?

Quelqu’en soit la raison, elle est personnelle. Contrairement au premier article où la notion d’engagement est plutôt collective (en tout cas pour les membres actifs ou fondateurs de l’événement). Il n’en est pas de même de l’objectif de chacun.

Il est évident mais il vaut mieux le dire que chacun peut avoir des raisons différentes de s’impliquer dans un événement. Et encore heureux 🙂

Par contre il vaut mieux être conscient des raisons des autres membres de l’équipe et surtout d’être à l’aise avec ça. Ou au moins de composer avec. Si fondamentalement vous avez un problème avec les objectifs personnels d’un des autres membres de l’équipe, vous pouvez être sûr que l’un ou l’autre sera heurté à un moment ou à un autre sur ses valeurs. Ca peut prendre du temps, des années ou arriver très vite au clash, mais ça finira par arriver.

Du coup avant de vous engager dans la mise en place d’un événement comme une exposition collective, un salon ou un festival, je vous conseille fortement d’essayer de sonder les objectifs de chacun. Cela n’est pas forcément simple. Mais ça vous permettra d’économiser votre énergie ou de la concentrer sur autre chose. Cela m’est arrivé une fois et j’ai clôturé la question au bout de deux saisons, car mon implication finalement ne pouvait pas m’apporter de satisfaction. J’ai donc retiré mes billes et je suis passé à autre chose.

Si vous vous connaissez depuis de nombreuses années, cela devrait ne pas être trop difficile de cerner vos compagnons de route. Si comme moi, pour les Echappées Belles, vous ne connaissez absolument pas le reste de l’équipe, vous devrez assumer la prise de risque. Dans mon cas c’est bien passé, mais cela aurait très bien pu se terminer bien avant la première édition. Nous avons eu d’ailleurs avec Vincent deux périodes difficiles, l’une pendant la préparation de la première édition, l’autre pendant l’une des éditions. La première fois, après une belle engueulade, il a fallu une mise au point et une mise à plat. Cette mise au point a été salutaire et nous avons organisé six éditions des Echappées Belles. Quand à la problématique lors de l’événement, elle est venu de l’extérieur et a méchamment plombé l’ambiance. Il a fallu une bonne dose de patience afin que nous absorbions. Fort heureusement l’édition suivante a été juste magnifique, ce qui nous a permis d’oublier cet épisode compliqué.

Gravé dans le marbre

Ca n’existe pas!

Les raisons qui vous ont fait créer, organiser un événement photo peuvent bien évidemment changé. Les vôtres ou celles de vos partenaires. C’est le propre de l’être humain d’évoluer ou de révéler de nouvelles raisons ou objectifs au fur et à mesure que votre événement prend de l’ampleur. Il faudra faire avec et décider de continuer ou non à y participer. C’est aussi le rôle du président de maintenir un équilibre dans son équipe. Il faudra pour ça écouter les besoins et les envies de chacun et en tenir compte. Je vous renvoie à l’article précédent sur l’aspect démocratique et mon point de vue sur la question.

En conclusion

  • Si l’engagement doit être collectif, vos raisons vous sont propres
  • Les raisons peuvent être différentes tant qu’elles sont admises et respectées
  • Inutile de continuer à participer à un événement si vous n’êtes plus à l’aise avec vos besoins ou ceux des autres

Auteur-Photographe depuis 2009 Organisateur des Echappées Belles de 2011 à 2014. Membre actif de Lumière d'Encre, http://www.lumieredencre.fr Auteur-Photographe : http://www.nicolaspoizot.fr

1 Comment

  1. Salut Nico 😉

    Sympa ton article. C’est marrant de s’y retrouver -quelque part un peu- en tant qu’ancien organisateur de.

    Je dis marrant parce que concernant les motivations, il y en a auxquelles je n’aurais pas pensé : même si j’ai connu quelques groupies 😉 c’était totalement inattendu, ça c’est carrément drôle !

    Il y a forcément un rapport passionnel avec la photographie quand on se lance dans ce genre d’aventure. Principalement, c’est difficile à décrire, je pense que ça concerne évidemment en partie l’égo.
    Non plus celui du photographe puisque j’exposais aussi, plutôt pour participer et « alimenter » la machine, mais plutôt quelque chose qui ressemblait en partie à une réalisation de soit au travers d’une réalisation publique qui tenait la route et a pris de l’ampleur au fil de temps… au prix d’un travail de dingue sur tous les fronts, non rémunéré comme tu le précise si justement.

    Puis vient le temps ou parfois trop d’ampleur tue, surtout si l’on ne gère pas « les équipes » : à un moment donné il faut tellement se multiplier pour « assurer » et tout border dans tous les domaines (cf la com’ ratée dans ton article sur les vernissages 😉 ! ), que l’omniprésence requise, fonction de la dimension de la machine, épuise mentalement, nerveusement, et physiquement. Je parle ici de véritable épuisement et non pas de lassitude (sauf erreur, la troisième année on en était arrivé à quelque chose comme 72 expos sur plusieurs communes, stages, conférences, rencontres etc.. et plus de 100 expo (triées par comité de sélection « sérieux ») l’année suivante, vernissages accrochages décrochages réexpédition ensuite etc) le tout avec affiches programmes horaires des lieux etc avec un prime un bouquin (carré 20X20) présentant chacun des participants, le tout n’étant que la partie émergée de l’iceberg -pffou !)

    Il reste le « plaisir » d’avoir obtenu une certaine crédibilité de l’opération auprès non seulement des photographes et du public, mais aussi des partenaires, des médias et… des institutions, même si elles ne sont pas forcément parties prenantes, voire directement ennemies (et quand tu deviens un ennemi respectable, ça chatouille forcément l’égo !).

    Le plaisir aussi de constater qu’on a une bonne dynamique, et que celle-ci peut se révéler extensive, même si pas à l’infini bien sûr. Ça relève plutôt de la connaissance de soi-même que d’un pur plaisir égotique, entendons-nous bien, d’autant que cette dynamique en génère chez d’autres, souvent bénévoles, sans qui rien ne se fait (je ne saurais jamais comment remercier tout le monde…).

    Celui de prendre de l’assurance à force d’affronter la masse de problématiques différentes jusque là ignorées ; de surmonter, plus ou moins consciemment et forcément dans la foulée pas mal d’obstacles, la plupart inopinés, et d’acquérir par là même un certain savoir faire… histoire de pouvoir mieux remettre le couvert pour la session suivante, d’une manière encore plus efficace !

    Ce qui nous ramène, malheureusement, au premier point que tu soulèves : au regard de l’énergie, des compétences, bien réelles même si acquises sur le tas, et du temps passé (en gros au taf tous les jours de toute l’année sans jamais lâcher l’affaire pour « faire un truc qui ronfle bien »), c’est le manque de pognon qui tue in fine. Même si le gars parvient à payer tout le monde, à ce que soient réglés rubis sur l’ongle en vrac les hôtels, repas, billets d’avions, imprimeur graphiste webmaster et autres frais divers, sans parvenir à se rembourser lui-même ne serait-ce que ses propres frais (déplacements repas etc) -je ne parle pas d’un « salaire » évidemment !, ça fini par user…

    Mais d’une façon positive je dirais que ça a été pour moi une formidable expérience de vie, très forte et riche effectivement d’un paquet de rencontres (d’amitiés qui durent depuis plus de 15 ans), d’avis et points de vue divers, de réflexions, de découvertes, de partages… Et que pendant cette période, j’en ai bouffé de la Photographie, sous tous ses angles !

    A bientôt M. Poizot, et merci pour votre article qui m’a rappelé de bons souvenirs 😉

    Bien amicalement,
    L. Colonna

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