Informations pratiques

Le Festival a lieu du 17 mai au 13 aout 2017

Le vernissage a lieu le 17 mai 2017 à 15h30

Horaires :

Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h,
week-end, jours fériés et congés scolaires de 10h à 18h

Tel : 04 95 09 42 70

Villa Méditerranée : Esplanade du J4, 13002 – Marseille

http://festivalphotomed.com

Le Festival

Regarder et penser les villes

Du XIXe siècle jusqu’à nos jours, la photographie n’a jamais cessé d’entretenir une affinité avec la ville. Cette dernière est un sujet classique. La raison en est sans doute que l’invention de la photographie est concomitante du développement de l’urbanisation. Elle a du moins témoigné de toutes ses phases de développement : de la ville encore mêlée de campagne, conviviale et pittoresque, où fraternisent les hommes, telle que l’ont photographiée Robert Doisneau ou Willy Ronis, à la ville-monde contemporaine, incroyablement contrastée, juxtaposant de magnifiques réalisations architecturales dispendieuses et d’infinies banlieues sans charme. Plus d’habitants ici mais ce que Sartre nomme une «pluralité des solitudes». Cette mutation de la ville s’est accompagnée d’une évolution de la pratique photographique : sous l’influence des Becher, l’approche subjective des photographes humanistes a laissé la place à une pratique objectiviste, neutre et méthodique, dont Stéphane Couturier ou Andreas Gursky sont de célèbres représentants. Ce courant est devenu si puissant à partir des années 90 qu’il a submergé les réfractaires, tels Ferruccio Leiss à Venise ou Mimmo Jodice à Naples, au point qu’une grande critique comme Dominique Baqué a pu écrire en 2004 que leur approche était «hors Histoire». Pourtant, de la même manière que tout pouvoir finit par susciter un contre- pouvoir, toute hégémonie artistique est vite contestée. Sans doute n’est-ce pas un hasard si c’est chez les artistes méditerranéens que cette résistance est la plus forte. L’art ne fait que traduire ici l’opposition économique et culturelle entre pays du Nord et pays du Sud. Alors que les écoles germanique et américaine promeuvent une photographie clinique, de nombreux artistes méditerranéens privilégient une approche sensible.(…)

Guillaume de Sardes

Sirine Fattouh, Images du dessaisissement

Prix Photomed-Institut français du Liban 2017

Images du dessaisissement © Sirine Fattouh

Au premier abord, les déambulations photographiques de Sirine Fattouh à travers Beyrouth, récompensées par le Prix Photomed-Institut français du Liban 2017*, pourraient sembler relever de l’« Urbex » : on pousse une porte disjointe, on se fraie un chemin à travers des gravats, on découvre une maison presque intacte, protégée par des persiennes closes depuis des années… Ce n’est toutefois nullement une ville «belle au bois dormant» que l’artiste entend faire connaître. Sa métropole est au contraire agitée d’un mouvement permanent, incohérent, de destruction et de reconstruction. Les engins de chantier qu’elle montre au travail, déblayant un terrain ou creusant des fondations, ont l’allure inquiétante d’insectes affamés dévorant la ville.

Beyrouth, sous l’objectif de Sirine Fattouh, est ainsi une capitale des contrastes. Vue de loin, elle présente une skyline presque canonique, interrompue seulement par une grue à l’horizon. Lorsqu’on se rapproche, rue par rue, parcelle par parcelle, c’est en revanche l’impression de chaos qui domine. La photographe met en évidence l’absence de tout plan directeur, qui suscite les rapprochements les plus absurdes. Tout contre des éléments d’architecture vernaculaire sauvés de la guerre, avec leur élévation plus raisonnable, leurs couleurs plus chaudes, s’élèvent des tours aussi glacées que le béton dont elles sont faites. Une orthogonalité brutale part à l’assaut d’un ciel pourtant hospitalier, encore renforcée par les prétentions à l’originalité des architectes, qui durcissent les lignes au lieu de les alléger. L’imprévisible n’est réintroduit que par le végétal, dont les clichés de Fattouh mettent en valeur l’envahissante énergie, jusque dans les recoins les plus inattendus.

Face à l’échec de ses compatriotes à relever une ville à taille humaine, l’artiste laisse en somme entendre que la seule alternative à une fuite en avant sur le modèle américain ou monégasque relève de l’anté-humain : l’arbre, rival ironique de la tour, ou, au fond d’une petite crique, telle grotte presque matricielle trouant le socle géologique et laissant pénétrer en sous-œuvre l’énergie révolutionnaire du rêve.

Sirine Fattouh est née à Beyrouth en 1980. Elle vit actuellement à Paris, où elle a obtenu son DNSEP (Diplôme national supérieur d’expression plastique) de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris Cergy en 2006. C’est au cours d’un échange avec l’ALBA (Académie Libanaise des Beaux-Arts) survenu en 2005 qu’elle réalise ses premières vidéos. Ses œuvres ont été exposées depuis en France et au Liban, lors de l’événement Jeune création (La Villette, 2008), au Centre Culturel Français de Beyrouth, à

la galerie Michel Journiac (2009), au Beirut Art Center (2009) à la Biennale d’art contemporain de Bourges (2010). Également doctorante en Arts Plastiques et Sciences de l’art à l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Sirine Fattouh y enseigne les Arts Plastiques depuis 2005 et est af liée au Centre d’Études et de Recherches en Arts Plastiques, le CÉRAP.

La Carte

L’Agenda

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