Vernissage « Portraits officiels » par Sylvie Huet à la Flair Galerie (13)

Informations pratiques

Le vernissage a lieu le 2 décembre 2017 de 18h à 20h30

L’exposition est visible du 2 décembre 2017 au 6 janvier 2018

Horaires : du mercredi au samedi de 11h à 13h et 15h à 18h

FLAIR Galerie : 11 Rue de la Calade, 13200 Arles

http://www.flairgalerie.com

L’exposition

Je ne pouvais pas imaginer, en retrouvant l’ours de mon enfance à quarante-neuf ans dans une foire à la brocante, l’enthousiasme que déclencheraient ces retrouvailles. Que tant d’adultes, ici et ailleurs, aient gardé près d’eux l’ours de leur vie, que certains aient inspiré des gens célèbres (Jean Paul Gaultier, Jane Goodall…), ça je ne le savais pas non plus. C’est en racontant cent fois mon histoire que je l’ai découvert. À la faveur des prises de vue l’ours est devenu Petite Madeleine, les archives de l’enfance ont été ressorties des boîtes et je suis entrée dans le secret des familles.

L’ours en peluche, celui qui nous garde, est comme une archive photographique, il est la mémoire de quelqu’un ou de quelque chose. Comme elle il nous rassure par sa présence à portée de main et autorise les rechutes dans le passé. Les photographies vernaculaires qui fourmillent d’indices sur « ce qui a été » sont pareilles aux ours blessés, rapiécés dont chaque couture rappelle un moment de l’enfance ou suscite un questionnement. Photographier l’ours, c’est un peu faire parler un ancêtre. On part à la recherche des photos où l’on posait avec lui, on téléphone à une mère, ou à un frère à qui on ne parlait plus depuis longtemps. « C’était quand ? » « Ça me revient ! » « Tu te souviens ? » Il était là, bien sûr, mais silencieux souvent. À le faire poser de longs temps devant le précieux Hasselblad, cherchant son regard le plus parlant, j’en ai fait un vrai type. Son « portrait of ciel » accroché au mur, il s’est offert une seconde vie, à l’égal des autres membres de la famille. Plus proche encore, plus présent.

Sylvie Huet, 2017

UNE SECONDE VIE

Un dimanche, dans une foire à la brocante où l’antiquaire m’avait amené, j’ai vu s’arrêter une femme qui de loin me fixait, médusée. Elle s’est approchée et m’a serré contre elle. Rares sont les collectionneurs d’ours en peluche qui s’y prennent comme ça. Ça m’a rappelé la façon dont une petite fille me tenait dans ses bras quand elle était triste. Il y avait des années. Je n’avais rien pu faire le jour où sa mère, dans cette même ville, m’avait bradé avec quelques vieilleries. Est-ce que ça pouvait être elle ? Quand le marchand est arrivé elle a demandé : « Combien ? ». « 150 €, il a répondu. C’est un ours très recherché.».

« Très recherché, vous ne savez pas à quel point. »

Une heure plus tard j’étais dans ma maison, avec deux paires d’yeux qui me dévisageaient. Est-ce que c’était lui ? Les parents de Sylvie pariaient sur une imposture. Après avoir plongé à pleines mains dans les cartons à souvenirs, ils ont reconnu l’un de mes signes distinctifs et ont dû se rendre à l’évidence. Sylvie avait tellement peur de me perdre à nouveau qu’elle m’a installé chez elle à Paris. C’est là que l’histoire commence…

L’ours Copain, 2004

AUTOPORTRAIT

Je suis née en 1955. Mon père est de l’espèce disparue des « photographes de province », auteurs anonymes des albums de famille. Les reportages, les noirs et les blancs révélés au labo, le studio, les portraits, la « révolution Kodak »… Images précieuses de mon enfance. / Rideau /. L’année de mes seize ans, il rompt brutalement avec la photographie et c’est beaucoup plus tard, en 1996, que je la retrouve, après quelques zigzags : maîtrise de lettres, enseignement, rewriting pour l’édition, journalisme écrit… La photographie refait surface et m’attire vers une nouvelle forme d’écriture. J’écoute des dizaines de photographes et rédige autant d’interviews et de dossiers pour la presse ( Photographie.com, Photo Nouvelles, Réponses Photo… ), mais j’ai de plus en plus envie de raconter mes histoires. Je n’avais fait depuis l’enfance que « prendre des photos ». Devenir photographe professionnelle, cela voulait dire m’attacher à un sujet et en faire un livre. Les gens m’intéressent, leur intimité, les lieux où ils vivent. J’aime entrer chez eux, la photographie et une saine curiosité permettent cela.

Il y a peu de différence – dans le fond – entre un livre sur les transformations corporelles ( BOD MOD, Marval 2003 ), un livre sur les personnes de petite taille ( Nains, et alors ?, Buchet-Chastel 2007 ) et un livre sur les ours en peluche, com- pagnons de route des adultes ( A story of bears, Dewi Lewis 2014 ). Tous m’ont appris de quelle fragilité nous sommes faits.

Portraits officiels est ma première exposition.

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